vendredi 1 février 2013

Discours de la servitude volontaire




Ode à la liberté

François Clavier épouse avec finesse les circonvolutions de la pensée de l’auteur © Pidz
Ecrit en 1550, le texte d’Etienne de la Boëtie, alors âgé de 17 ans, a traversé les siècles avec une acuité et une intelligence toujours plus sidérante au point de susciter l’admiration de nombre de philosophes et d’intellectuels de tous horizons depuis le XVIe siècle. Finement adapté sur scène par Stéphane Verrue, magnifiquement habité par l’immense comédien qu’est François Clavier, ce Discours de la servitude volontaire est à la fois une mémorable leçon de démocratie et un superbe moment de théâtre.


Assis sur une méchante chaise, une pléiade de livres à ses pieds, un homme lit à voix haute et nous interpelle comme si son postulat prenait corps à mesure de ses arguments et observations sur le monde tel qu’il ne va pas. Puisant dans l’Histoire de nombreux exemples d’insoumission à l’ordre établi, notre homme tisse patiemment les lignes de force de sa rhétorique et nous dévoile une pensée en mouvement où l’homme asservi de gré ou de force doit s’affranchir de celui qui l’opprime ou le place sous son joug car “c’est un malheur extrême d’être sujet à un maître”.

© Pidz
Une utopie à l’épreuve du réel
S’interrogeant d’abord sur cette étrange inflexion des hommes à s’agenouiller devant un tyran, notre homme dresse ensuite l’éloge de “la victoire de la liberté sur la domination” puisque “pour avoir la liberté, il ne faut que la désirer”. S’appuyant sur d’imparables syllogismes – tel “soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres” - il articule un vibrant plaidoyer pour la liberté aussi naturelle à l’homme que consubstantielle aux animaux. Une aspiration qui se heurte à la force de “l’habitude” par laquelle, souvent, le sujet s’adapte, s’accommode et se plie à l’injustice, mère de la tyrannie. “Est-ce cela vivre ?  s’interroge alors La Boëtie qui proclamera son inextinguible goût pour les incomparables “saveurs de la liberté”.
Une utopie à l’épreuve du réel et des faits qui, à travers les siècles, s’accomplit parfois par la volonté d’un homme ou d’un peuple révolté par “tant d’indignité” et décidé à combattre le satrape qui l’assujettit ou le musèle. Soit un traité de désobéissance bien avant que ce mot ne soit à la mode, un manuel à l’usage des citoyens qui pensent, s’élèvent et s’opposent contre un pouvoir absolu ou un despote aveugle mais aussi à destination de ceux pour qui la démocratie est une source de réflexion permanente dont il ne faut jamais se satisfaire...
© Pidz
Est-ce du théâtre pour autant ? Sans l’ombre d’un doute car, une heure durant, ce Discours nous parle de l’état du monde d’aujourd’hui et de notre humaine condition par la seule puissance du verbe. Sans effets de lumière ou respiration musicale, la mise en scène de Stéphane Verrue s’efface derrière les mots de La Boëtie et donne la part belle au jeu de François Clavier qui épouse avec finesse les circonvolutions de la pensée de l’auteur et nous donne à entendre l’inaltérable et redoutable vérité d’un texte intemporel.

Représentations du 1er au 15 février au Théâtre du Nord à Lille. Renseignements et réservations au 03 20 14 24 24 ou sur www.theatredunord.fr


Puis le 1er mars à Guyancourt (78), Théâtre La Ferme de Bel Ebat ; le 9 avril au Théâtre de Chelles (77) ; le 11 avril à Troyes (10), Théâtre de La Madeleine ; les 12 et 13 avril à Ribeauvillé (68), La Salle du Parc ; le 19 avril à Saint-Fons (69), Théâtre Jean Marais et le 23 mai à Hendaye (64), Théâtre des Chimères, Festival "Mai du théâtre".

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