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| François Clavier épouse avec finesse les circonvolutions de la pensée de l’auteur © Pidz |
Ecrit en 1550,
le texte d’Etienne de la Boëtie, alors âgé de 17 ans, a traversé les siècles
avec une acuité et une intelligence toujours plus sidérante au point de
susciter l’admiration de nombre de philosophes et d’intellectuels de tous
horizons depuis le XVIe siècle. Finement adapté sur scène par Stéphane Verrue,
magnifiquement habité par l’immense comédien qu’est François Clavier, ce Discours de la servitude volontaire est
à la fois une mémorable leçon de démocratie et un superbe moment de théâtre.
Assis
sur une méchante chaise, une pléiade de livres à ses pieds, un homme lit à voix
haute et nous interpelle comme si son postulat prenait corps à mesure de ses
arguments et observations sur le monde tel qu’il ne va pas. Puisant dans
l’Histoire de nombreux exemples d’insoumission à l’ordre établi, notre homme
tisse patiemment les lignes de force de sa rhétorique et nous dévoile une
pensée en mouvement où l’homme asservi de gré ou de force doit s’affranchir de
celui qui l’opprime ou le place sous son joug car “c’est un malheur extrême d’être sujet à un maître”.
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| © Pidz |
Une utopie à
l’épreuve du réel
S’interrogeant
d’abord sur cette étrange inflexion des hommes à s’agenouiller devant un tyran,
notre homme dresse ensuite l’éloge de “la
victoire de la liberté sur la domination” puisque “pour avoir la liberté, il ne
faut que la désirer”. S’appuyant sur d’imparables syllogismes – tel “soyez résolus de ne servir plus, et vous
voilà libres” - il articule un vibrant plaidoyer pour la liberté aussi
naturelle à l’homme que consubstantielle aux animaux. Une aspiration qui se
heurte à la force de “l’habitude” par
laquelle, souvent, le sujet s’adapte, s’accommode et se plie à l’injustice,
mère de la tyrannie. “Est-ce cela vivre ?”
s’interroge alors La Boëtie qui proclamera son inextinguible goût pour
les incomparables “saveurs de la liberté”.
Une
utopie à l’épreuve du réel et des faits qui, à travers les siècles, s’accomplit
parfois par la volonté d’un homme ou d’un peuple révolté par “tant d’indignité” et décidé à combattre
le satrape qui l’assujettit ou le musèle. Soit un traité de désobéissance bien
avant que ce mot ne soit à la mode, un manuel à l’usage des citoyens qui
pensent, s’élèvent et s’opposent contre un pouvoir absolu ou un despote aveugle
mais aussi à destination de ceux pour qui la démocratie est une source de
réflexion permanente dont il ne faut jamais se satisfaire...
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| © Pidz |
Est-ce
du théâtre pour autant ? Sans l’ombre d’un doute car, une heure durant, ce Discours nous parle de l’état du monde
d’aujourd’hui et de notre humaine condition par la seule puissance du verbe.
Sans effets de lumière ou respiration musicale, la mise en scène de Stéphane
Verrue s’efface derrière les mots de La Boëtie et donne la part belle au jeu de
François Clavier qui épouse avec finesse les circonvolutions de la pensée de
l’auteur et nous donne à entendre l’inaltérable et redoutable vérité d’un texte
intemporel.
Représentations
du 1er au 15 février au Théâtre du Nord à Lille. Renseignements et réservations
au 03 20 14 24 24 ou sur www.theatredunord.fr
Puis le
1er mars à Guyancourt (78), Théâtre La Ferme de Bel Ebat ; le 9 avril au Théâtre de Chelles (77) ; le 11 avril à Troyes (10), Théâtre de
La Madeleine ; les 12 et 13 avril à Ribeauvillé (68), La Salle du Parc ;
le 19 avril à Saint-Fons (69), Théâtre Jean Marais et le 23 mai à
Hendaye (64), Théâtre des Chimères, Festival "Mai du théâtre".



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