Cul-de-sac
Pièce
contemporaine de Linda McLean, Fractures
(Strangers, Babies), dessine le portrait fragmentée d’une femme à travers
cinq rencontres masculines. Ponctuée parfois d’un humour salutaire, l’écriture épurée
de la jeune auteure écossaise offre aux comédiens une partition millimétrée
orchestrée de main de maître par Stuart Seide.
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| Sophie-Aude Picon et Jonathan Heckel © Frédéric Iovino |
Lorsque
le plateau se découvre, comme cernée par deux panneaux oppressants en forme de
cul-de-sac, une femme seule est entourée de cinq silhouettes masculines que le
spectateur devine à travers les vitres translucides. Soit une ouverture en
guise de métaphore où il s’agira autant d’approcher le mystère d’une femme (Sophie-Aude
Picon, entre fragile ténacité et vulnérabilité indomptable) à travers ses
rencontres avec cinq hommes – son mari, son père mourant (Alain Rimoux, poignant)
un homme rencontré sur le net, son frère et un assistant social – que
d’assembler le puzzle épars d’une identité opaque.
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| © Frédéric Iovino |
Lésions
superficielles et blessures profondes
«Les êtres vivants blessés s’en sortent
quelquefois». Cette phrase – confiée par May à son mari lors du premier
tableau à propos d’un oiseau gisant sur son balcon – pourrait esquisser la
trajectoire d’une femme qui, enfant, commit l’irréparable et qui, depuis, doit
composer avec le passé et conjuguer le futur au présent afin de survivre et
espérer retrouver un semblant d’harmonie. Une femme fragmentée – à l’image de cette
pièce kaléidoscopique – qui tente d’assembler lentement les pièces de son
identité qui, naguère, volèrent en éclats dans le traumatisme d’une tragédie
intime dont elle fut la coupable désignée plus que la victime outragée.
Même
si, depuis, l’immense poids de cette faute de jeunesse ne cesse de la hanter au
point, parfois, de la pousser dans d’indéchiffrables extrémités. Telle cette
rencontre avec Roy (formidable Maxime Guyon, révélation de cette pièce), un
jeune homme à qui elle donne rendez-vous dans une chambre d’hôtel après un chat
explicite. Là, dans un aveu aussi insaisissable que tangible (souffrir après
avoir martyriser ?), elle lui suggère : «j’avais seulement envisagé d’avoir mal». Et de s’abandonner à une
irrespirable strangulation dans les mains de Roy qui, dans une effrayante
métamorphose, passe de l’amant à la voix douce au bourreau à la voix grave…
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| © Frédéric Iovino |
Au
fil de conversations anodines en surface, douloureuses en creux parfois,
l’écriture polie jusqu’à l’épure de Linda McLean révèlent les lésions
superficielles et les blessures profondes de personnages hantés par le passé («nous ne savions pas ce que nous faisions»
avoue May à son frère), ou apeurés par le réel, mais foncièrement seuls. Une
femme en équilibre précaire, au bord du précipice, et cinq hommes qui,
inconsciemment ou volontairement, la poussent dans le vide ou empêchent sa
chute. Magnifiée par des comédiens au plus près des failles béantes sécrétées
par le texte – on n’écrira jamais assez que Stuart Seide est un directeur
d’acteurs exceptionnel – la pièce de Linda McLean nous laisse seul avec nos
doutes et notre trouble. La pièce s’achève, l’indicible s’immisce, l’énigme
demeure…
Représentations
jusqu’au 14 février au Théâtre de l’Idéal, 19 rue des Champs à Tourcoing.
Renseignements et réservations au 03 20 14 24 24 ou sur www.theatredunord.fr
Puis
du 20 mars au 13 avril à Théâtre Ouvert, 4 bis cité Véron à Paris.
Renseignements et réservations au 01 42 55 55 50 ou sur www.theatre-ouvert.net



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