Retour au désert
Co-production de
l’Hippodrome, scène nationale de Douai, où il a été présenté en première
française, Ghost Road est la nouvelle
création de Fabrice Murgia, l’enfant terrible du théâtre belge. Un spectacle intelligemment
traversé par la vidéo et scandé par la superbe musique de Dominique Pauwels
mais surtout habité par l’immense comédienne Viviane De Muynck qui donne chair
à un personnage fantôme parti s’exiler à l’écart du monde.
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| Le touchant portrait en filigrane de l'immense comédienne Viviane De Muynck © Kurt Van der Elst |
Premier
volet d’une trilogie, Ghost Road nous emmène
le long de la mythique Route 66 – aujourd’hui déclassée – jalonnée de
villes quasi désertes et de maisons laissées à l’abandon. Au cœur de ce no man’s land, le jeune metteur en scène
belge Fabrice Murgia a rencontré des hommes et des femmes qui ont choisi de se
retirer du monde et de vivre à la marge. Un projet qui n’est pas sans rappeler
le célèbre documentaire de Robert Kramer, Route
One USA (1989) où le cinéaste américain filmait les laissés pour compte du
rêve américain le long de la Route One qui va de la frontière canadienne à la
pointe de la Floride.
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| © Kurt Van der Elst |
Les fantômes du
passé
Cependant
ici, à écouter ces hommes et ces femmes – filmés par la caméra de Benoit
Dervaux, chef-opérateur des frères Dardenne –, chacun a choisi et assume cette solitude,
cette mise à l’écart volontaire d’un monde dans lequel ils ne se reconnaissent
plus. Des êtres qui, le plus souvent, refusent la dictature de l’american way of life – même s’ils ont
été touchés de plein fouet par la crise économique – et accordent leur
quotidien avec de maigres ressources. Des individus qui, à un moment de leur
vie, ont cessé de s’égarer dans cette course folle qui dicte le tempo des
grandes villes – qu’elle soit des Etats-Unis ou d’ailleurs – et de s’installer
au fin fond du désert et vivre un autre rapport à la nature et au temps. Soit
pour chacun, une quête des origines ou la recherche d’un home sweet home qui lui ressemble.
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| © Kurt Van der Elst |
Des
confessions émouvantes ou attachantes qui répondent aux questions posées par Viviane
De Muynck – l’actrice a accompagné Fabrice Murgia dans son périple – ou font
écho au soliloque sur scène de la comédienne relatant les souvenirs d’une femme
d’un âge respectable qui, jadis fut une danseuse célèbre et quitta la scène au
faîte de la gloire pour prendre «la route
du désert». De ses paroles émanent une douce sérénité, une nostalgie dénuée
de sentimentalisme, au cours d’un voyage immobile à la recherche de fantômes,
de souvenirs enfuis – «le monde que j’ai
connu a disparu» confie-t-elle –, tandis que l’imaginaire comble les
absences et les manques. Magnifiées par la splendide partition musicale de
Dominique Pauwels et la finesse de son travail sonore, les réminiscences de
cette femme en mode staccato se
réverbèrent comme dans une chambre d’écho, dévoilant une identité vacillante ou
reflétant une image lézardée par le temps.
Touchant
portrait en filigrane de Viviane De Muynck, Ghost
Road est un spectacle d’une douloureuse beauté qui s’enracine ailleurs pour
mieux nous parler de nous, ici et maintenant.
Représentations
du 5 au 7 février à Strasbourg (Le Maillon). Puis le 14 mars à Gand (NT Gent)
et le 29 mars à Bruges (Cultuurcentrum).



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